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Puis, coup de théâtre. Laurent Chaze, un mendiant de la région qui aurait tout vu et entendu, raconta les faits. Ce soir-là, il fut chassé de l'auberge, faute de pouvoir payer son lit. Il se serait alors caché dans une remise d’où il n'aurait, en réalité, assisté qu'à l'assassinat d'un seul voyageur (Enjolras). S'il semble vrai que Chaze eût assisté à quelque chose d'anormal, il est aussi possible que son témoignage eût été « arrangé ». En effet, celui-ci s'exprimait en occitan vivaro-alpin, tandis que les audiences de la cour d'assises se déroulaient en français. La communication n'était alors pas très facile. L'avocat de Jean Rochette a, au cours de sa plaidoirie, implicitement accepté le fait que son client était un assassin en plaidant l'irresponsabilité de ce dernier, car il ne pouvait pas échapper à l'influence de ses maîtres. Cette plaidoirie a sans doute contribué à sceller le sort des accusés. Malgré les rumeurs, malgré les disparitions inexpliquées, malgré les nombreux soupçons, malgré plusieurs mois d'enquête, malgré un nombre impressionnant de procès verbaux, un seul crime put réellement être imputé l'aumônier de la prison. Par contre, Marie Breysse resta tétanisée par la nouvelle. Elle demeura prostrée dans sa cellule, refusant le secours de Dieu.Le 1er octobre 1833, à cinq heures du matin, une charrette, le plancher couvert de paille était placée devant la prison de Privas. Huit brigades de gendarmerie et un peloton du 60eme de ligne formaient l'escorte des condamnés. Deux prêtres, les abbés Brethon et Chabal, furent chargés par l'épiscopat d'accompagner les condamnés dans leur dernier voyage vers la mort. Les prisonniers montèrent en voiture, environnés d'une foule bruyante qui les accompagna jusqu'à la sortie de la ville.Tout au long de la rude côte du col de l'Escrinet, tout le voisinage s'était déplacé. Certains de ces curieux se frappaient le cou avec le travers de la main en faisant des contorsions et en criant "couic ! ". Sur un petit promontoire, au lieu-dit de la Baume, un ménestrel venu d'Aubenas salua avec sa vielle le passage de la terrible troupe. Chemin faisant, le spectacle du calvaire des époux Martin et de Jean Rochette devenait de plus en plus insoutenable.Arrivé au Thueyts, les deux prêtres demandèrent à être relevés. Ils ne supportaient plus l'ambiance malsaine qui les entourait. Le curé et le vicaire du village les remplacèrent, messieurs Bonnaure et Froment. La nuit venue, une ligne de feu indiqua la route à suivre et au passage des voitures, les spectateurs allumant des branches de genêts secs pour mieux voir les condamnés. Après une longue route, le convoi arriva enfin à Mayres où il était prévu qu'il passe la nuit. Les condamnés dormirent dans deux salles séparées mise à la disposition par la mairie du village, l'une pour Marie Breysse, l'autre pour les deux hommes. Des ecclésiastiques se relayèrent pour veiller sur leur sommeil, qui fut fort agité, on s'en doute.Le lendemain, dès cinq heures, la colonne se remit en marche, toujours au milieu de la même foule. L'aube les surprit, au col de la Chavade. C'est là que Jean Rochette se défit de son manteau, qu'il donna à un berger de sa connaissance qu'il avait vu sur le bord de la route. "Tiens, je n'en ai plus besoin !" se contenta t'il de dire en se séparant de son bien.Le passage à Lanarce se fit au milieu d'une foule Lorsque les cloches de Lavillate sonnèrent l'angélus de midi, la triple exécution eut lieu. Marie Breysse ouvrit le sinistre cortège. Elle monta les marches de l'échafaud avec lenteur, accablée. Elle a demandé à voir une dernière fois sa maison mais sa requête a été refusée. Lorsque le prêtre lui tend le crucifix, elle l'écarte sans le baiser. D'après certaines sources, elle y cracha même dessus. Lorsque sa tête roula dans la sciure, la foule cria sa joie. Le premier monstre était mort.Pierre Martin fut le deuxième à être exécuté. Avec beaucoup de piété, il embrassa plusieurs fois le crucifix que lui tendait le prêtre, avant de s'adresser à lui à voix basse, par deux fois. Enfin, s'impatientant, Pierre Roch se saisit du condamné pour le placer sur la guillotine qui fit alors son œuvre, pour de nouveau la grande joie de la foule. Puis ce fut le tour de Jean Rochette. Son exécution fut la plus mouvementée des trois. Il résistait. Les gardes furent obligés de le pousser vers l'échafaud tandis qu'il s'époumonait : "Maudits mèstres, que m'avètz pas fat faire ?" (" Maudit maître, que m'avezvous fait faire !"). Placé sur la planche, il continuait à crier, à gigoter tant et si bien que le couperet, en retombant, lui trancha non seulement le cou, mais aussi une partie du menton. Lorsque sa tête roula, la foule ne se tint plus de joie. Les monstres n'étaient plus. Justice était faite. Un immense bal s'organisa alors sur les lieux même de l'exécution, au son du violon d'un musicien de foire venu en spectateur. Tout autour des bâtiments de l'auberge, les groupes s'installaient pour faire honneur aux pique-niques que tout en chacun avait amené. La fête battit son plein toute l'après-midi et même une partie de la nuit. Au milieu de ce tumulte, les bois de justice sont démontés tandis que les corps des suppliciés sont mis dans un cercueil. Alors que cette opération se déroule, Jeanne-Marie Deleyrolles, l'aînée des filles Martin, demanda l'autorisation de préparer le corps de sa I : Bref historique de l'auberge de Peyrebeille : Pierre Martin, et son épouse Marie Breysse, se fixèrent en 1808 dans le hameau de Peyrebeille. Ils reprenaient, comme métayer, un corps de ferme, le Coula, succédant ainsi aux parents de Marie. Dès leur installation en ce lieu désolé, ils avouèrent l’intention de construire une auberge au cœur du hameau. Visionnaires, les futurs aubergistes sentaient qu’il manquait, entre les deux entrées du plateau, un relais sur cette route très fréquentée. Dans leurs intentions, ils n’ignorèrent pas non plus les récriminations et les doléances des rouliers, comme celles des voyageurs qu’ils croisaient ou que, parfois, ils hébergeaient. Dans un premier temps, ils transformèrent leur modeste habitation du Coula en auberge-relais, louant aussi des chevaux de renfort. En 1818, ils se sentent assez fort pour franchit le pas et édifier l'auberge dont ils rêvent depuis dix longues années. Pour réaliser leur projet, ils firent raser des bâtiments proches qu'ils venaient d'acheter, construisant l'important édifice qui va résister au temps et surtout à l'horreur.Jusqu'à leurs arrestations en 1831, ils vont gérer ce lieu d'une main de maître, le transformant en auberge réputée. Les débuts furent modestes et très durs, mais les aubergistes se firent rapidement une excellente réputation grâce à l'attrait de leur table, et au fait qu'ils étaient toujours prêt à donner la main aux rouliers et aux voyageurs en difficultés. III : Description de l'auberge "historique" L'auberge est composée de deux bâtiments, accolés l'un à l'autre, l'ensemble formant un "L". Elle est construite en granit mélangée de moellons de basalte, basalte que l'on trouve très facilement aux environs immédiat de ce lieu. Des fenêtres, aux dimensions uniformes, (85 cm sur 55 cm) éclairent les pièces. Il est intéressant de noter que ces fenêtres sont aux dimensions habituelles dans cette région. Contrairement à la légende, une seule ouverture est munie de barreaux. La partie la plus fonctionnelle de l'auberge était, sans contestation possible, la remise. C'est un vaste bâtiment d'une trentaine de mètres de long, avec en bout, deux grandes portes cochères placées symétriquement. Cette disposition permettait aux équipages d'entrer d'un coté pour sortir de l'autre, sans qu'un demi-tour ou une manœuvre quelconque soit nécessaire. Pour l'époque, cette disposition facilitait grandement le travail des rouliers ou des chaises de poste et faisait figure de "nec plus ultra". Une sorte d'étage mezzanine permettait de stocker le foin et le fourrage pour les hivers rudes que connaissait le plateau. Cet étage servait aussi de dortoir aux rouliers ou aux gens peu fortunés. Accolé à cette grange imposante, on trouve l'auberge proprement dite. Elle dispose de trois niveaux : Chronologie succincte : DATE 1773 1777 1780 1785 1800 1805 1808 Hiver 1824 26 janvier 1826 Mai 1826 Août 1828 1830 Printemps 1830 1er septembre 1830 7 février 1831 Mai 1831 21 mai 1831 Eté 1831 13 octobre 1831 25 octobre 1831 26 octobre 1831 1er novembre 1831 2 novembre 1831 20 novembre 1831 Décembre 1831 13 juin 1832 Septembre 1832 Novembre 1832 2 janvier 1833 4 février 1833 11 février 1833 Fin mai 1833 18 juin 1833 25 juin 1833 26 juin 1833 12 août 1833 18 septembre 1833 2 octobre 1833 ÉVÈNEMENT Naissance de Pierre Martin à Lachapelle Saint Philibert. Naissance de Marie Breysse à Peyrebeille. Inauguration de la route reliant Aubenas au Puy en Velay. Naissance de Jean Rochette à Mazan. Naissance de Jeanne-Marie à Chabourziat. Naissance de Marguerite à Chabourziat. Le couple Martin se fixe à Peyrebeille où il succède aux parents de Marie Breysse comme métayers. Affaire Vincent Boyer Mariage de Marguerite Martin et de Philemon Pertuis. Affaire Michel Hugon Affaire André Peyre Vol des cent francs de Cellier Le couple Pertuis s'installe à Lafayette où il ouvre une auberge. Affaire Jean-Baptiste Bourtoul Mariage de Jeanne-Marie Martin avec le sieur Deleyrolles. Affaire Rose Ytier Le baron Haussmann nommé Secrétaire Générale de la Vienne Louis Galland succède au couple Martin comme aubergiste. La famille de Jean Antoine Enjolras s'inquiète de sa disparition. Première visite du juge Filiat-Ducros à Peyrebeille. Découverte du cadavre de Jean-Antoine Enjolras sur les bords de la rivière Allier. Arrestation de Pierre et André Martin. Arrestation de Jean Rochette. Mort naturelle de Claude Pages. Arrestation de Marie Breysse. Le baron Haussmann nommé sous-préfet à Yssingeaux Le baron Haussmann à Peyrebeille Le baron Haussmann nommé sous-préfet à Neyrac Ordonnance de renvoi en Cour d'Assises des accusés de Peyrebeille. Transfert des accusés de Largentière à Privas. Clôture de l'instruction sur le meurtre de Jean-Antoine Enjolras. Découverte de l'existence de Laurent Chaze Ouverture du procès des accusés de Peyrebeille. Pierre Martin, Marie Breysse et Jean Rochette sont condamnés à mort. Les condamnés déposent un pourvoi en cassation Le pourvoi en cassation est rejeté La Grâce Royale est refusée aux condamnés Pierre Martin, Marie Breysse et Jean Rochette sont exécutés. Arbre Généalogique Famille MARTIN & BREYSSE (de L’auberge de peyrebelle). L'auberge est composée de deux bâtiments, accolés l'un à l'autre, l'ensemble formant un "L". Elle est construite en granit mélangée de moellons de basalte, basalte que l'on trouve très facilement aux environs immédiat de ce lieu. Des fenêtres, aux dimensions uniformes, (85 cm sur 55 cm) éclairent les pièces. Il est intéressant de noter que ces fenêtres sont aux dimensions habituelles dans cette région. Contrairement à la légende, une seule ouverture est munie de barreaux. La partie la plus fonctionnelle de l'auberge était, sans contestation possible, la remise. C'est un vaste bâtiment d'une trentaine de mètres de long, avec en bout, deux grandes portes cochères placées symétriquement. Cette disposition permettait aux équipages d'entrer d'un coté pour sortir de l'autre, sans qu'un demi-tour ou une manœuvre quelconque soit nécessaire. Pour l'époque, cette disposition facilitait grandement le travail des rouliers ou des chaises de poste et faisait figure de "nec plus ultra". Une sorte d'étage mezzanine permettait de stocker le foin et le fourrage pour les hivers rudes que connaissait le plateau. Cet étage servait aussi de dortoir aux rouliers ou aux gens peu fortunés. Accolé à cette grange imposante, on trouve l'auberge proprement dite. Elle dispose de trois niveaux : * un rez-de-chaussée comportant une cuisine d'une trentaine de mètres carrés avec une imposante cheminée et un four à pain sous le même auvent. Cette pièce était la pièce principale de l'auberge, son cœur, la pièce où tous les voyageurs étaient accueillis. A gauche de l'entrée, une porte mène à la salle à manger, moins large mais aussi longue que la cuisine. Cette pièce ne servait que lorsque l'auberge recevait des personnes importantes. En enfilade, il existe une troisième pièce, un débarras, où l'on découvre un second four, aussi imposant que le premier, mais plus discret quant à la disposition. La rumeur dévoila que c'était ce four que les époux Martin utilisaient pour brûler les cadavres. 1.Cachette au-dessus de la cheminée 2.Chambre à coucher 3.Grande chambre à coucher 4.Chambre à coucher 5.Ancienne cuisine 6.Lieu de débarras ; grande chambre rouge tapissée sur cloison de bois 7.Lit à armoire 8.Escalier en bois, montée de la cuisine 9.Armoire au dessus de l’escalier 10.Porte du grenier à foin 11.Rampe pour arriver au grenier avec les chars chargés de foin 12.Vaste grenier à foin 13.Endroit du grenier où Laurent Chaze coucha 14.Endroit du grenier où Enjolras fut tué 1 Maison Reynaud où Martin débuta 2 Auberge de Peyrabeille construite par Martin 3 Lieu où les assassins furent exécutés 4 Grange de Gibert achetée par Martin 5 Grange à une veuve Reynaud 6 Maison à la veuve Gibert 7 Terrain aux Gibert 8 Terrain aux Reynaud 9 Terrain à Pierre Martin Reconstitution de l'intérieur d'époque de l'auberge de Peyrebeille. Les clients qui avaient besoin d'un peu plus d'intimité pouvaient dîner dans une salle à manger plus petite. Ils pouvaient ainsi parler "affaires" sans se douter que Marie Martin les écoutait grâce à une petite ouverture dans la cloison et pouvait ainsi repérer les clients Vue de la Cuisine et de l'Alcove de Peyrebeille Salle à manger de l’Auberge de peyrebelle a différentes époques Salle à manger de l’Auberge de peyrebelle a différentes époques, On peut voir, pendant la visite, l’endroit où le domestique se cachait et assommait les malheureux lorsqu’ils montaient se coucher. Sous l’escalier, une trappe permettait de dissimuler les corps, avant de les faire disparaître le lendemain. Mais ce réduit existait-il à l’époque ? Pas sûr. Les meutes de loup, la burle, qui souffle tant sur le plateau, pourraient aussi expliquer ces disparitions. Difficile de trancher, n’est-ce ... Ces clients fortunés avaient l'infortune d'être assommés par "Fétiche" en gravissant les marches qui menaient à leur chambre... Fétiche qui bien qu'ayant la peau très mate, était * Un premier étage avec un long couloir ouvrant sur des petites chambres à l'allure monacale de part et d'autre. Au bout de ce corridor; on accède à une chambre un peu plus grande, la chambre des invités de marques. Enfin, une porte permet d'accéder à l'étage de la grange. Vérité ? Légende ? Rumeur ? Alors maintenant, cent soixante ans plus tard, essayons de faire le point sur ce fait divers sordide. Le paradoxe fondamental de toute cette histoire est que le crime qui permit l'arrestation de ces "serial killer" du XIX ème siècle, ne s'est pas du tout déroulé dans l'auberge sanglante, le lieu où, d'après la rumeur, des dizaines de meurtres ont été perpétrés, mais au Coula, le nouveau domicile où habitait le couple Martin depuis quelques semaines. 1992, je décide de faire des recherches aux archives départementales du Puy en Velay, Pour un travail de généalogie familiale; Me voila sur la route en passant par la Narce, avec mon épouse nous décidâmes de faire une halte pour boire un café, au serveur je lui demande si l’auberge de Peyrebelle se trouve biens sur la route,,, le serveur n’étant pas du coin demanda a un client qui était entrain de boire son petit ballon de blanc ,,,et a mes yeux, il devait avoir soixante dix ans bon poids ; ou se trouvait cette auberge. La réponse qu’il me fit m’interpelle encore aujourd'hui ! -Il me dit que l’auberge actuelle n’est pas la vraie ??? Que c’est celle qui se trouve au » Sous Rioux sur la N 102 » donc bien avant la fameuse auberge. (c’était son père qui lui avait dis quand il était jeune), et que pour les besoins du spectacle morbide (le jour de l’exécution) il fallait beaucoup de place pour la populaces, donc ils choisirent celle sur le plateau….!!!! Alors pourquoi ! l’on t’ils appelée (ici l’hautentique auberge de peyrebelle) si c’était la seule. Je le remerciais, et nous voila sur la route, très attentif pour retrouver la « vraie ». Si vous passer par là, jetais-y un coup d’œil, beaucoup de similitudes entres les deux, faites vous votre propre opinion. Affiches parus dans divers journaux de l’époques. Sélections de quelques livres parus La Tribune - 1966 (Réédition original de 1945) Paul d’Albigny (1831-1893), édité en 1886 . La cour de l’auberge de Peyrebeille , près de Lanarce (Ardèche), fut, en 1833, le théâtre de l’éxécution capitale du tenancier, de son épouse et de leur domestique, fortement soupconnés d’avoir assommé, dépouillé et incinéré plusieurs dizaines de leurs clients de passage. Ainsi naquit l’histoire de l’« auberge rouge », relayée par des journalistes, des romanciers, dont Balzac, des feuilles illustrées, puis, au xxe siècle, par des cinéastes (Claude Autant-Lara, Gérard Krawczyk) et divers écrivains. Aujourd’hui, l’endroit est une halte obligée pour le touriste, avec visite détaillée des lieux et exposé du modus operandi de ces rustiques assassins. L'auberge Rouge. 1951 Les deux films n'ont pas été tournés ici mais c'est dans cette auberge que les faits se sont déroulés au début L'auberge Rouge. 2007 COMPLAINTE DE PEYREBEILLE Chrétiens, venez tous écouter Une complainte véritable : C'est de trois monstres inhumains Leurs crimes sont épouvantables. Il y a bien environ vingt ans Qu'ils assassinaient les passants. La victime, la bouche ouvrant, Pour implorer quelque assistance, La femme avec l'huile bouillante, Leur gorgeait la bouché béante, Lucifer, à coups de marteau, Mettait la victime au tombeau. Un curieux Parisien courait, Disait-il pour sa fantaisie, Chez Lucifer il vint loger, Le mauvais temps lui fit surprise. Son cheval dans les champs, Annonça la mort du passant. On ne pourra jamais savoir Le nombre de tant de victimes : On les porte à cinquante trois, Qu'a révélé le domestique. Frémissez, toutes nations, Des crimes de cette maison. A Peyre-Abeille, en Vivarais, Dans le département d'Ardèche, Sur une montagne isolée, Ils établirent leur commerce. L'auberge est sur le grand chemin, Où ils égorgeaient les humains Alors Martin faisait grand bruit, Feignant de maltraiter sa femme, Pour que personne ne comprit Qu'ils assassinaient leur semblable. Dis-donc, pourquoi viens tu troubler Ceux qui sont pour se reposer ? Plus tard les morts étaient traités D'une méthode différente : Dans une chaudière la chair cuisait, Couverte avec indifférence. Avec cette préparation, Ils en engraissaient leur cochon. Plus longtemps, on aurait tardé D'en faire quelque découverte : Ce dernier étant réservé . Par ainsi, Dieu voulut leur perte. Au crime, ils sont si acharnés, Qu'un parent n'est pas épa Leur nom sont pierre Blanc Martin Dit : Lucifer, avec sa femme, Et Jean Rochette aussi inhumain, Était domestique exécrable Trop tard, le crime est découvert, Pour épargner de grand malheur. Un grand four était embrasé, Pour consumer bien des affaires : Carrosses, manteaux et harnais. Pour eux, des signes téméraires. Il en sortait exhalaisons, Qui empestaient les environs. Un bon préfet disgracié Sous la chute de Bonaparte, Chez Lucifer il fut loger, Croyant être en sure porte. Femme, enfant, fortune et lui, Périrent tous la même nuit. L'an mil huit cent trente trois , Justement le second d'octobre, Devant la maison des forfaits, Vers midi fut le dernier rôle. Trente mille témoins voyaient Trancher la tête aux trois brigands. Le premier homme assassiné, Était marchand de dentelle; Dans le lit il fut assommé. Pour eux, c'était que bagatelle; Ce premier coup était garant De vingt sept ou huit mille francs. Dans le principe, ces brigands Étaient dépourvus de fortune. Mais bientôt, de l'or, de l'argent, Trouvèrent bien leur aventure. Pour famille, deux filles ont, Qui secondent bien leur maison. Le dernier enfant de huit ans, Voyant ses parents, morts par terre, Poussa les cris les plus perçants, Demandant vie aux téméraires. Ces monstres furent sans pitié : A l'instant il fut assommé. Grand Dieu, la terre préservez ! De jamais porter de tels monstres. Aucune histoire n'a prouvé Qu'il n'y eut jamais de la sorte. Par les soins de l'autorité, Nul n'y sera plus exposé. Naissance de Marie MARTIN( fille) Naissance de Margueritte MARTIN (fille) Acte de décès de Pierre MARTIN Acte de décès de Marie Breysse La pierre indique le lieu de l’exécution des trois condamnés, Acte de décès de Pierre Rochette On pourrait aussi intituler ce chapitre : « Quand l'Histoire rejoint les faits divers ». En 1832, le Baron Haussmann, futur préfet de Paris sous le Second Empire, est nommé Sous-préfet à Yssingeaux. Il se lie d'amitié avec un avocat de la région, Truchard-Dumoulin. Les affaires de cet avocat l'amène souvent à parcourir le pays et à se rendre régulièrement à Aubenas. Durant l'été 1832, Haussmann accompagne son ami dans sa tournée qui, au retour d'Aubenas, l'amène à Peyrebeille. C'est sans nul doute cette anecdote qui amena la légende du préfet massacré avec sa famille lors de leur halte dans l'auberge sanglante. Laissons donc Haussmann raconter cette halte dans ses "mémoires" puis nous ajouterons un petit commentaire à son récit. "Il était six heures du soir. Nous prîmes le parti de nous arrêter pour dîner et faire reposer nos chevaux. Ce fut dans une auberge isolée, sise au croisement de deux routes, sur un plateau nu, des plus mélancoliques. La nuit vint, une nuit noire où les étoiles ne suffisaient pas à faire voir le chemin. On nous décida, non sans peine, à coucher là. On étouffait, dans la cuisine qui servait aussi de salle à manger et de salon et, pour prendre l'air sur la route, nous nous fîmes ouvrir la porte qui étaient déjà barricadée. Une lueur apparaissait entre deux montagnes et nous reconnûmes bientôt avec joie, celle de la lune à son lever. La pensée d'échapper aux lits d'une propreté douteuse, déjà préparés pour nous, et d'aller en chercher ailleurs de moins suspects, si tard que ce fut, nous vint en même temps à tous deux. Vite, nous commandâmes de brider et seller nos chevaux, malgré toutes les sollicitations intéressées de nos hôtes, dont nous avions hâte de régler le compte. Minuit sonnait quand nous arrivâmes au Puy, exténués comme nos montures. Huit mois après, sous-préfet de Nérac, je lus dans mon journal des Débats, le résumé d'un grand procès criminel, jugé par la Cour d'assises de l'Ardèche. Il s'agissait d'hôteliers qui profitaient de l'isolement de leur auberge pour assassiner les voyageurs bons à dépouiller dont ils faisaient disparaître les cadavres en les brûlant dans un four. Des querelles de femmes, pour le partage des bijoux volés aux victimes, en mettant la justice en éveil, amenèrent la découverte de ces abominables forfaits. Le nom de Peyrebeille, rapporté par le journaliste, comme celui de l'auberge qui, d'assez longue date, leur servait de théâtre, frappa mon attention. N'était-ce pas, justement, le nom de notre étape au retour d'Aubenas ? Assurément oui. Mais je fus bien autrement ému quand je vis, désigné parmi les disparus, un gros marchand de bestiaux de mon ancien arrondissement que nous rencontrâmes dans l'auberge en question, Remarques sur ces Mémoires : Nous connaissons la carrière de Georges Eugène Haussmann :- 21 mai 1831, nomination au poste de secrétaire général de la préfecture de Vienne, sise à Poitiers. - 13 juin 1832, nommé sous-préfet à Yssingeaux, en Haute-Loire - novembre 1832, il gagne Nérac, dans le Lot et Garonne, toujours comme sous-préfet. Lors de l'arrestation des époux Martin en octobre 1831, il est donc en poste à Poitiers, loin de Peyrebeille, et à aucun moment dans ses mémoires, il révèle que ses affaires l'on amené dans cette région précise. Durant l'été 1832, lorsqu'il raconte son bref séjour à Peyrebeille, cela fait plus de huit mois que le couple Martin et ses complices sont en prison et un an que Louis Galland tient l'auberge en gérance. Difficile au Baron Haussmann d'avoir croisé à Peyrebeille un riche marchand qui sera victime des Martins, alors que ceux-ci sont entre les mains de la justice qui instruit leurs procès. Et puis, ce marchand rappelle on ne peut trop Enjolras, qui venait lui aussi de la foire de Saint-Cirgues en Montagne. Le seul problème, c'est que lors du passage de Haussmann à l'auberge, Enjolras avait été enterré depuis près de huit mois. Alors, affabulateur, mythomane, erreur sur les dates, sur les personnes, effet de style ? Si on ne peut même plus se fier aux Mémoires d'un préfet du Second Empire … Bientôt ( A co que veï )…!!!


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